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À la recherche d'un lien entre le virus du rhume et la sclérose en plaques

Détrôner le roi des virus
13 février 2013 // par Marc-André Sabourin

Le « roi des virus » n’est pas le VIH, ni Ébola et encore moins la grippe aviaire. Non, ce titre revient plutôt à l’un des germes responsables du rhume, le coronavirus humain. Selon le professeur Pierre Talbot, ce monarque microscopique règnerait non seulement sur les nez qui coulent et les éternuements, mais aussi sur la sclérose en plaques.

 

Le virus du rhume et la sclérose en plaques. Voilà un lien audacieux. Le premier s’attaque aux voies respiratoires et est si commun qu’à l’âge de cinq ans, « 100 % des gens l’ont déjà contracté », affirme Pierre Talbot, directeur du laboratoire de neuroimmunovirologie au Centre INRS–Institut Armand-Frappier. La deuxième est une maladie neurodégénérative qui affecte plus de 75 000 Canadiens, en majorité des femmes.

 

Comment un microbe aussi bénin que le coronavirus, qui doit son nom – et son surnom – à son enveloppe extérieure en forme de couronne, pourrait-il engendrer un trouble aussi grave? « En infectant le cerveau des personnes prédisposées », répond Pierre Talbot.

 

Le nez, où prolifère le coronavirus en période de maladie, offre une ligne directe vers le cerveau grâce au nerf olfactif. Le virus migre ainsi d’un organe à l’autre sans difficulté. « Il peut aussi se propager en infectant les monocytes, un type de globule blanc », indique le chercheur.

 

En laboratoire, il suffit d’introduire le coronavirus dans une culture de cellules neuronales pour qu’il les infecte. Celles-ci, se sentant en quelque sorte menacées, déclenchent alors leur système d’autodestruction et meurent.

 

Heureusement, l’être humain, contrairement aux cultures de cellules, possède un système immunitaire puissant qui empêche le coronavirus de s’attaquer ainsi aux neurones. Mais pour des raisons génétiques, le mécanisme de défense de certaines personnes serait moins efficace, ce qui provoquerait la sclérose en plaques, croit Pierre Talbot.

Résultat surprenant

Afin de valider son hypothèse, l’équipe de Pierre Talbot a analysé en l’an 2000 des échantillons de cerveaux sains et de cerveaux atteints de la sclérose en plaques ou d’autres maladies neurologiques à la recherche du coronavirus. « Nous pensions uniquement le retrouver dans les cerveaux atteints de la sclérose en plaques. » Or, l’expérience a plutôt révélé que 25 % des encéphales, en santé ou non, portaient un type de coronavirus, et 50 % un autre.

 

En d’autres mots, un virus des voies respiratoires fait partie de la flore virale commune du cerveau! « Le coronavirus y reste continuellement, mais en quantité suffisamment petite pour ne pas déclencher une réaction importante du système immunitaire », note le professeur.

 

Cette découverte, aussi fascinante soit-elle, ne valide toutefois pas le lien entre le coronavirus et la sclérose en plaques. Loin de se laisser abattre, Pierre Talbot poursuit désormais deux nouvelles pistes prometteuses.

 

La première consiste en une mutation du virus. L’enveloppe en forme de couronne du coronavirus est une protéine composée de 1 300 acides aminés. « Chez la souris, nous avons observé que le changement d’un acide aminé précis déclenche une maladie semblable à la sclérose en plaques. En ce moment, nous essayons de détecter cette mutation chez l’être humain et de voir son effet sur les neurones humains en culture. »

 

La deuxième hypothèse, qui n’exclut pas l’autre, repose sur les globules blancs. La sclérose en plaques se caractérise par une réaction du système immunitaire contre la myéline, une gaine qui protège la partie du neurone responsable de transmettre le signal électrique. Pour l’instant, la cause de cette réaction est inconnue. « Nous avons toutefois découvert, uniquement dans le sang des personnes atteintes de la sclérose en plaques, des lymphocytes T – un type de globule blanc – qui détectent à la fois le coronavirus et la myéline », indique Pierre Talbot.

 

La réaction immunitaire contre la myéline serait donc un dommage collatéral de la lutte contre la présence du virus du rhume dans le cerveau... Pour valider cette hypothèse, Pierre Talbot devrait toutefois prélever et analyser du liquide céphalorachidien de personnes vivantes, « une expérience qui ne peut être réalisée pour des raisons éthiques ». Il se tourne donc à nouveau vers la souris.

Casse-tête géant

Pierre Talbot aime comparer ses recherches à un immense casse-tête où  « chacun de ses étudiants travaille sur un morceau différent ». À 56 ans, le chercheur ignore s’il verra un jour l’image complétée. Mais si le lien entre la sclérose en plaques et le coronavirus est finalement démontré, cela ouvrirait la porte à une foule de nouveaux traitements, dont des antiviraux qui s’attaquent au virus du rhume.

 

Le chercheur avance même que d’autres maladies neurodégénératives, telle l’Alzheimer, pourraient être causées par le coronavirus. Beaucoup de travail reste toutefois à accomplir afin de prouver cette hypothèse et détrôner, un jour, le roi des virus. 

 

Le professeur Pierre Talbot présidera l’organisation du prochain Congrès international de microbiologie, qui se tiendra à Montréal du 27 juillet au 1er août 2014. Plus de 5 000 scientifiques sont attendus à cet évènement d’une ampleur considérable. Visiter le site du congrès.

 


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Contrat Creative Commons« À la recherche d'un lien entre le virus du rhume et la sclérose en plaques : Détrôner le roi des virus » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2013 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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