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Huit personnes sur dix sont infectées par le virus herpes simplex

La maladie du baiser
15 janvier 2013 // par Benjamin Tanguay

Contrairement à plusieurs de ses collègues virologues, la professeure Angela Pearson peut se targuer d’un fait cocasse : son intérêt de recherche a été immortalisé dans une chanson qui fait aujourd’hui partie de la culture populaire québécoise. C’est qu’elle étudie le virus herpes simplex (VHS), le mal à l’origine « du feu sauvage de l’amour » tel que baptisé par le groupe humoristique RBO dans une de leurs parodies des Beatles. Et bien que la maladie du baiser en ait fait sourire plus d’un au cours des quinze dernières années, Angela Pearson prend cette condition très au sérieux.

 

Avec un taux d’infection qu’on estime à 80 % de la population, il y a de quoi vouloir mieux comprendre la question. « Même les gens qui n’ont pas de feux sauvages peuvent être infectés par ce virus, lance la professeure du Centre INRS–Institut Armand-Frappier. Le but de tout virus est de se reproduire et de ce point de vue, le VHS connait beaucoup de succès. »

 

Angela Pearson s’intéresse particulièrement au VHS de type 1. Cette version de l’herpès s’attaque principalement aux muqueuses du visage – le nez, la bouche et les yeux – plutôt qu’à celles des appareils génitaux. Dans la plupart des cas, le virus se limite à causer quelques rougeurs bénignes. Cependant, lorsqu’il infecte des nouveau-nés ou des personnes dont le système immunitaire est affaibli, il peut entraîner des effets autrement plus dévastateurs. On parle alors de lésions sur l’ensemble du corps, de l’infection des organes ou même de dommages permanents au cerveau. Rien pour donner envie de pousser la chansonnette.

 

Partir pour mieux revenir

Le VHS fonctionne selon deux modes d’opération bien distincts. Dans sa phase active, il cherche à se reproduire et attaque plusieurs cellules dans les muqueuses. Toutefois, pour éviter le système immunitaire qui réagit afin de réprimer l’infection, le VHS change sa méthode d’agir. Un peu comme de la vermine devant l’exterminateur, le virus se terre loin dans les neurones du cerveau et entre dans un état latent. « Essentiellement, il se cache du système immunitaire : très peu de ses gènes sont exprimés, mais son code génétique persiste dans la cellule infectée », explique Angela Pearson. Le virus refusera de se manifester jusqu’à ce qu’un stress environnemental ou émotionnel le pousse à redevenir actif.
Plaques de culture cellulaire

Depuis qu’elle a mis en place sa propre équipe de recherche en 2004, Angela Pearson s’attache à briser ce cycle en étudiant la manière dont le virus se reproduit et s’attaque à l’hôte. Son avenue principale d’investigation est un gène prometteur appelé UL24. Ce gène présent dans tous les virus de la famille de l’herpès est responsable de la production d’une protéine qui change le comportement d'une cellule infectée. Le hic? On ne sait pas tout à fait comment les changements induits par cette protéine contribuent à l’infection. « En l’absence du gène UL24, on voit une réduction sévère de l’infection neuronale, soutient la chercheure. Un des projets du laboratoire est de comprendre pourquoi. »

 

D’un défi à l’autre

Le prochain défi pour l’équipe du professeure Pearson : étudier une forme peu connue du VHS qui se transmet du singe à l’homme. Ce « VHS des macaques » ne cause aux primates que des feux sauvages alors qu’il est mortel pour les humains. Une personne infectée à la suite d’une morsure a 80 % de chances d’y laisser la vie si elle n’est pas traitée, un taux qui baisse à 20 % si elle reçoit des antiviraux à temps. Traitement ou non, la victime subira des lésions importantes. « Une des grandes questions est de savoir pourquoi ce virus provoque des effets si sévères chez l’homme et pas chez les macaques », s’interroge-t-elle.

 

Mais ne s’attaque pas à un virus aussi toxique qui veut. Un laboratoire possédant les mesures de sécurité nécessaires pour cultiver un tel danger biologique n’existant pas au Québec, Angela Pearson doit s’associer à des collègues américains pour mener ses études. Toutes les manipulations de virus vivant seront effectuées par l’équipe du docteur Anthony Griffiths au Texas.

 

« VHS du macaque » ou VHS tout court, Angela Pearson sourit quand on lui demande si on est encore loin d’un remède contre l’herpès. « Dans la recherche de médicaments, cerner quelles interactions entre molécules on doit cibler aide énormément. Ce qu’on veut trouver, c’est le talon d’Achille de l’infection », résume-t-elle simplement. ♦

 


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Contrat Creative Commons« Huit personnes sur dix sont infectées par le virus de l’herpes simplex : La maladie du baiser » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2013 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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