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Mathieu Pelletier et les processus décisionnels urbains

Trouver le consensus dans la discorde
11 décembre 2012 // par François-Nicolas Pelletier

Le quartier dévitalisé de Griffintown, à un jet de pierre du centre-ville de Montréal, a fait l’objet de nombreuses controverses : projet avorté de complexe de divertissement par le Casino de Montréal et le Cirque du Soleil, nombreuses propositions de développement immobilier et commercial, toutes contestées à des degrés divers... C’est le genre de quartiers sensibles qui intéressent Mathieu Pelletier, stagiaire postdoctoral au Centre Urbanisation Culture Société de l'INRS et récipiendaire d’une prestigieuse bourse Banting. Contrairement aux idées reçues, le chercheur en études urbaines croit que ces conflits peuvent être tout à fait bénéfiques pour le développement d’une ville.

Au cours des deux prochaines années, sous la supervision du professeur Jean-Pierre Collin, Mathieu Pelletier approfondira cette idée dans le cadre d’une comparaison Québec-Montréal-Gatineau pour la période 2002–2011. Il essaiera de déterminer si les contestations populaires qui ont éclaté dans les trois villes ont permis d’améliorer les projets de développement concernés, et comment ces dynamiques de confrontation se comparent à des processus de consultation officiels menés par les municipalités.

 

Des conflits productifs
« L’impression générale est que si les citoyens sont consultés, il n’y aura pas de conflits et que le projet sera meilleur », explique Mathieu Pelletier. C’est pour cette raison que, au cours des années 1990–2000, certaines villes ont créé des mécanismes de consultation, comme l’Office de consultation publique de Montréal ou les conseils de quartiers, à Québec.  « La consultation ne donne toutefois pas toujours les meilleurs résultats. La contestation citoyenne a aussi des avantages. Un de ceux-là est de mettre très rapidement le doigt sur les aspects problématiques d’une initiative, alors qu’une consultation est généralement exhaustive et parfois rigide, ce qui ne convient pas à tout le monde », soutient le géographe de formation.

Et Mathieu Pelletier en sait un bout sur les controverses urbaines : il a notamment cofondé l’Observatoire des conflits urbains et périurbains, basé à l’UQAM. Par ailleurs, pendant son doctorat en aménagement du territoire et développement régional, à l’Université Laval, il a étudié en profondeur les conflits s’étant déroulés à Québec pendant les années 1989-2000. Le projet qui a suscité le plus d’attention était celui de la revitalisation du quartier Saint-Roch. « Avant l’arrivée de l’administration de Jean-Paul Lallier, il était prévu qu’on construise une grande tour qui devait contenir des commerces, des bureaux et des condominiums, et qu’on transforme le boulevard Charest en une quasi-autoroute, explique Mathieu Pelletier. Ce projet très contesté par la population locale a été remplacé par le développement actuel, centré sur un parc entouré de bâtiments de taille moyenne, plus conforme aux désirs de la population. »

Un autre avantage de la contestation est qu’elle peut mener à des innovations. Le chercheur donne un autre exemple tiré de Québec : « Dans les plans d’origine, une des bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency devait passer sous la colline Parlementaire pour rejoindre le boulevard Champlain, sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Le projet a été abandonné, mais une structure a été construite, qui se terminait dans la paroi rocheuse, laissant un terrain en friche en dessous. Des résidents ont décidé d’en faire un mélange de parc et de jardin communautaire. La ville s’y est opposée, mais a dû céder devant cette innovation imaginée par la population », raconte le boursier Banting.
Le stagiaire postdoctoral Mathieu Pelletier dans GriffintownGriffintown
Est-ce à dire que Mathieu Pelleter idéalise les conflits? « Non, car ils ont aussi des effets négatifs. Dans un débat trop intense, le dialogue peut être rompu entre les parties, et le compromis devient alors impossible. Certains projets peuvent être abandonnés alors qu’ils représentaient un potentiel de développement pour un quartier. Le conflit peut aussi être manipulé par les parties : par exemple, un promoteur peut surdimensionner son projet afin de pouvoir ensuite prétendre qu’il a fait un compromis en réduisant sa taille, ce qui fausse la discussion sur la nature véritable de l’initiative. »


La consultation demeure donc pertinente à ses yeux : « D’abord, elle est réclamée par les citoyens, c’est une exigence démocratique. Elle peut aussi être utile : pendant mon doctorat, j’ai observé que la création des conseils de quartiers, à Québec, n’a peut-être pas réduit le nombre de conflits, mais qu’elle en a réduit la durée, ce qui est déjà un gain puisque les débats interminables finissent par coûter cher en argent et en temps. Finalement, la consultation peut aussi permettre aux citoyens d’être véritablement entendus », souligne le chercheur.

Il donne deux exemples à Montréal où, dans un cas, l’Office de consultation publique a carrément recommandé le rejet d’un projet dans le quartier Ahuntsic parce qu’il ne reflétait pas la vision des citoyens et les orientations du Plan d’urbanisme de la ville, tandis que dans un second projet, qui concernait le parc Jarry, les participants au processus de consultation ont suggéré des bonifications qui ont été retenues par le promoteur.
Café Griffintown
Vers les consultations idéales
« Le but ultime de ma recherche, c’est de trouver des mécanismes qui laissent une place à la discussion ouverte et à une certaine dose de conflit, tout en l’encadrant suffisamment pour éviter les dérapages », soutient le chercheur. Tout un défi! Il ne s’engage d’ailleurs pas à trouver la formule parfaite – si elle existait, ça se saurait! –, mais au moins à débroussailler ce terrain mal connu (les mécanismes de consultation sont nombreux et leur efficacité est peu documentée), et d’identifier les formules les plus prometteuses pour les élus qui désirent respecter la démocratie locale tout en ne perdant pas de vue la recherche d’un minimum d’efficacité dans les démarches de consultation. L’idéal étant évidemment de parvenir à un consensus entre les parties, même lorsque les positions de départ sont discordantes... ♦

 


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Contrat Creative Commons« Mathieu Pelletier et les processus décisionnels urbains : Trouver le consensus dans la discorde » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2012 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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